Dans un État de droit, où règne la Rule of Law, la Vérité judiciaire prime le verdict populaire. Pravind Jugnauth a été reconnu coupable par les juges en tant que ministre, pour des faits commis dans l’exercice même de ses fonctions de ministre et non dans une affaire de droit commun (comme par exemple dans un cas de violence conjugale ou sur une personne). C’est en tant qu’homme politique qu’il est sanctionné.
Condamné, nonobstant appel, Pravind Jugnauth ne bénéficie plus de la présomption d’innocence. Il ne peut désormais qu’être appelant dans la procédure d’appel.
S’il a démissionné comme membre du gouvernement, il reste que Pravind Jugnauth doit tout aussi remettre en jeu son mandat de député. La déclaration de Showkutally Soodhun au nom du MSM s’analyse davantage comme la solidarité exprimée à son bénéfice par un autre ministre reconnu coupable par la Justice cette année et qui, néanmoins, surfant à l’époque sur l’état de grâce a pu se maintenir à son poste. Il ne reste pas moins qu’aujourd’hui le Président et le Leader du MSM ont été reconnus coupable par la Justice en l’espace de quelques mois, tous deux en tant qu’hommes politiques. Dès lors, la crédibilité de ce parti à mener un combat contre les abus, fraudes et corruption est anéantie.
Par ailleurs, Anerood Jugnauth est lui-même directement concerné par le jugement de culpabilité de Pravind Jugnauth. Car il est au centre de l’affaire Medpoint. Il s’agit d’une affaire dans laquelle son fils a, selon les premiers juges, favorisé son beau-fils. Anerood Jugnauth a toujours clamé l’innocence de son fils pendant la campagne électorale aux législatives. Il a fait usage de son autorité morale pour l’élection de son fils, lui qui a été magistrat, ministre, leader de l’Opposition, Premier ministre et Président de la République et qui détient le titre de The Right Honourable (politesse réservée aux personnalités membres du Conseil Privé de la Reine) et Queen’s Counsel. Anerood Jugnauth a manifestement induit la population en erreur en proclamant, au regard de son expérience, l’innocence de son fils. Il lui revient de tirer les conséquences de son analyse.
Le Directeur général de l’ICAC, Luchmyparsad Aujayeb, a tout aussi des comptes à rendre. Alors que Pravind Jugnauth a été reconnu coupable par des juges, Luchmyparsad Aujayeb devra s’expliquer sur les raisons pour lesquelles il, ou son office, ne s’est plus opposé au paiement effectif de l’achat de la Clinique Medpoint au beau-frère de Pravind Jugnauth ! Il s’agit d’une faute grave alors même que les juges de la Cour intermédiaire avaient mis en délibéré leur jugement dans l’affaire Medpoint.
Politiquement, le retrait de Pravind Jugnauth suscite une interrogation. Qui pourrait succéder à Anerood Jugnauth en cas d’empêchement de ce dernier (simple hypothèse qui ne constitue nullement un vœu) ? Xavier-Luc Duval est Deputy Prime minister, donc numéro 2 du Gouvernement. Toutefois, il ne commande pas la majorité au sein de la majorité parlementaire, sauf un éventuel consensus de la majorité parlementaire à son égard. Dans la logique parlementaire de Westminster, le poste de Premier ministre revient à celui qui dirige la majorité et, si celle-ci est plurielle, au chef du plus grand groupe au sein de la majorité, en l’occurrence Pravind Jugnauth. Cependant, Pravind Jugnauth, à la suite de sa démission comme ministre, est de facto hors course, à moins d’être rétabli dans son honneur en appel dans quelque temps. La Primature devrait revenir à son « second » (pour l’instant inexistant) au sein de son parti si ce dernier est député. Mais la famille Jugnauth n’a manifestement pas intérêt à propulser un autre au sein du MSM pour être Chef de Gouvernement afin de ne pas perdre la main. C’est ainsi qu’un consensus pourrait s’ouvrir autour de Xavier-Luc Duval… si ce n’est Vishnu Lutchmeenaraidoo qui n’appartient à aucun parti !
Mais, pour l’heure, Anerood Jugnauth est ainsi condamné à se maintenir même à la Bouteflika !
Enfin, Paul Bérenger ne peut tirer aucun profit de cette nouvelle donne politique. Pravind Jugnauth n’est autre que son allié au plus fort de l’affaire Medpoint à la suite de sa volte-face indécente sur cette même affaire. Les révélations successives sur la pratique du pouvoir par Navin Ramgoolam démontrent tout aussi à quel point Paul Bérenger peut renoncer aux principes ou fermer les yeux sur les scandales lorsqu’il pense que son alliance, même avec des mis en cause, pourrait le rapprocher du Pouvoir.cafo1juil

http://www.lemauricien.com/article/nouveau-gouvernement-l-etat-grace-l-etat-crasse

Publicités