Monday, 28 April 2014 12:01

Parvez Dookhy : « L’Opposition parlementaire est à vendre » Featured

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Parvez Dookhy : « L’Opposition parlementaire est à vendre »

 
Il s’insurge dans la manière de faire de l’Opposition. Pour lui, Navin Ramgoolam a pu amadouer Paul Bérenger avec le projet de réforme électorale, ce qui fait qu’il estime que l’Opposition est à vendre.
> Quelle est votre analyse des derniers développe­ments politiques? Quelle sera, selon vous, la nouvelle configuration sur l’échiquier politique? 
Les derniers développements démontrent que le Premier ministre n’a pas au Parlement un contradicteur, une personne à la hauteur de ses fonctions. Lorsqu’on est chef de l’Opposition, on ne fait pas d’offre d’alliance avec le gouvernement sortant. Le Premier ministre n’a pas une maîtrise particulière du jeu politique. Tout simplement, l’Opposition parlementaire est à vendre et il se permet de l’acheter ou faire semblant de l’acheter.

> Qui, selon-vous, est le grand gagnant de cette nouvelle donne ? Pensez-vous que le MMM risque de sortir affaibli de cette situation? 
En raison de la naïveté déconcertante dont a pu faire preuve le leader de l’Opposition, le Premier ministre a pu anéantir l’Opposition parlementaire. Mais il a, en face de lui, l’Opposition citoyenne, la vraie Opposition.

> La question de 2e République a fait l’objet de discussions entre Paul Bérenger et Navin Ramgoo­lam. Que pensez-vous de l’initiative qui a été prise par ces deux leaders politique? 
Le sujet de la réforme électorale est comme une potion magique qui rend ivre le leader de l’Opposition. Il en perd tous ses repères. Il perd le Nord dès qu’on lui parle de réforme électorale ou d’un moyen qui lui permettrait de redevenir Premier ministre. 

> Que pensez-vous du projet d’un partage plus équitable des pouvoirs entre le Premier ministre et le Président de le République?
 
Il faut faire la différence entre un partage des pouvoirs et l’équilibre des pouvoirs. Dans leur pseudo projet, il était question de partage des pouvoirs. C’est-à-dire avec un exécutif à deux têtes, avec des pouvoirs partagés. Or, le partage peut créer des situations de blocage, de crises institutionnelles. Ce qu’il nous faut, c’est un rééquilibre des pouvoirs. C’est-à-dire faire du Président de la République un véritable recours ou un arbitre du jeu institutionnel.

> Quels sont, selon-vous, les pouvoirs que devrait détenir le Président et le Premier ministre, dans le cadre d’un projet de Deuxième République? 
Aujourd’hui, le Président est l’obligé du Premier ministre. Il est choisi par le PM. Il faut un Président fort, disposant des pouvoirs d’arbitrage. Par exemple : le Parlement est plus souvent en congé qu’en séance. Je pense que le PM ne peut, de manière arbitraire, renvoyer ainsi le Parlement. Cela devrait être l’affaire du Président, mais d’un Président élu au titre de la sagesse politique qu’il peut incarner. De même, pour les nominations aux postes dans lesquels il faut faire preuve d’une grande indépendance.

> Que pensez-vous, dans les grandes lignes, des propositions de réforme électorale de Navin Ramgoolam dans son White Paper?
Le projet de réforme est très contestable. D’abord, on ne fait pas une telle réforme à la veille des élections. Une telle réforme doit être débattue dans le cadre d’une campagne électorale. Elle doit être soumise aux électeurs. Et il faut le faire au tout début d’une Législature. Le fond du projet est tout aussi contestable.

Le plus choquant, c’est de permettre aux chefs de partis d’avoir une double candidature afin d’éviter d’être battus aux élections, comme SSR l’a été en 1982, PRB en 1987, SAJ en 1995, PJ en 2005 etc. La proportionnelle, en soi, est mauvaise à l’Assemblée nationale, parce qu’elle risque d’accentuer l’instabilité. Nous avons 69 députés, et il y a déjà 8 partis à l’Assemblée. Avec la proportionnelle, on risque d’en avoir davantage. Surtout des partis sectaires ou à dominante communautaire.

> Les discussions entre Paul Bérenger et Navin Ramgoolam sur la réforme électorale ont buté sur un seuil de 10% d’éligibilité pour obtenir un siège à la proportionnelle. Que pensez-vous de ce pourcentage?
 
Lorsqu’on pratique la proportionnelle, le seuil doit au minimum être aux alentours de 12,5%.  Mais on ne peut pas pratiquer la proportionnelle si les partis ne fonctionnent pas de manière démocratique. Et s’ils ressemblent plus à des familles qu’à des partis. Ce sont les gens du clan familial qui seront les mieux placés pour être sûrs d’être élus. En réalité, avec la proportionnelle, ils veulent faire entrer leur progéni­ture de manière plus facile au Parlement.

> Pensez-vous que nous pourrons, un jour, avoir une réforme électorale ou pensez-vous qu’il faille une alliance électorale pour qu’un jour ce projet se concrétise?

Nous, au Ralliement Citoyen pour la Patrie, nous invitons tous les candidats, de tous les partis, à se présenter comme « Population générale ». Population générale veut dire ce que ce terme signifie : il n’y a pas de référence ethnique. Et tous, nous renonçons par avance aux sièges de Best Loser. Plus besoin de réforme dans un premier temps. Le Best Loser sera caduc ainsi que la déclaration communautaire pour être candidat.

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