POST-INONDATION: Réforme de la sécurité civile

 
 
ARTICLE PARU DANS LE MAURICIEN | 8 APRIL, 2013 – 15:00 | PAR PARVÈZ DOOKHY

Les inondations du 30 mars suivies de celles du 13 février 2013 ainsi que les précédentes nous obligent à refonder notre système de protection civile, la protection de la population contre les calamités. Tant la réactivité des autorités que les services dont elles disposent n’étaient nullement à la hauteur de l’ampleur des phénomènes climatiques récents ou autres auxquels Maurice pourrait être confronté.

Le Ralliement Citoyen pour la Patrie (RCP) a le privilège d’avoir longuement débattu des axes de modernisation nécessaires de notre sécurité civile. Il apporte une réponse pragmatique aux risques pour assurer la sauvegarde des personnes et des biens. L’objectif est que la population ne soit pas vulnérable face aux aléas !

La protection civile relève traditionnellement des compétences du ministère de l’intérieur. Or, à Maurice, le portefeuille de l’intérieur est un de ces nombreux ministères dont le titulaire n’est autre que le Premier ministre lui-même. Le ministère de l’Intérieur est une fonction accessoire du Chef du Gouvernement. C’est pourquoi il y a lieu soit de créer un ministère de l’intérieur autonome soit, à tout le moins, un ministère de la protection civile, chargé de la centralisation de la prévention et de la gestion des risques. Actuellement, plusieurs ministères, dont la santé, l’intégration sociale, l’éducation, la primature etc. y interviennent et la responsabilité politique est diluée notamment à travers le Comité National des Catastrophes qui est un organe administratif. Une telle réorganisation structurelle est incontournable pour que notre pays puisse faire face à l’exceptionnel lorsqu’il se produit. Des différents plans, selon la gravité de la calamité, devraient alors être élaborés par ce nouveau ministère pour assurer le commandement et l’organisation des interventions.

Parallèlement, notre capacité à porter secours et assistance doit être renforcée. Nos services d’urgence sont très limités.

Nous avons un service de police qui peut apporter une réponse en cas d’urgence sécuritaire. Tout aussi, il existe les pompiers (fire-brigades) qui sont des soldats du feu. Néanmoins, le matériel opérationnel des pompiers est à renouveler. Ils doivent pouvoir disposer des équipements les plus modernes, notamment une flotte d’engins de secours très performante. Le service doit être mieux réparti sur l’ensemble du territoire national afin que l’intervention soit plus rapide. Les pompiers eux-mêmes doivent recevoir une formation de pointe et continue.

La France a fait don en 1997 de quelques cinq véhicules du SAMU, service d’aide médicale d’urgence. Le SAMU n’est pas une simple ambulance, véhicule de transport d’un malade, mais un véhicule médicalisé et sanitaire, une unité de soins intensifs mobile pouvant apporter une réponse médicale sur le lieu même de l’intervention pour les cas les plus critiques ou lorsque le pronostic vital est en jeu. Nous avons encore trop peu de véhicules du SAMU en opération de manière efficace et il est nécessaire d’avoir à bord de ces véhicules tout un personnel médical, dont au moins un médecin urgentiste. Par ailleurs, il est tout aussi primordial d’avoir plus d’hôpitaux dignes de ce nom bien répartis. Un service d’ambulancier privé mérite d’être développé en soutien.

Il n’existe pas à Maurice un corps de sapeurs-sauveteurs en tant que tel pouvant intervenir dans ces cas d’accidents domestiques, de la route, des personnes en péril (noyade, inondation, cyclone), des cas de malaise, blessure etc. Les dernières inondations ont démontré que les différents services de l’État sont principalement entrés en action après la catastrophe, notamment pour rechercher des corps de personnes noyées. Il est impératif de créer un tel service, qui pourrait d’ailleurs fusionner avec les pompiers pour devenir comme il existe dans certains pays un corps de sapeurs-pompiers. Ce nouveau service doit être hyper équipé.

Le système d’alerte météorologique ne fonctionne qu’en cas de cyclones et dans une très moindre intensité lors de grosses pluies en semaine pour les écoliers. Or, nous faisons face à une plus grande variété de phénomènes climatiques. Le système d’alerte doit être adapté face aux nouveaux risques. Il y a lieu de souligner que l’alerte n’est pas une simple indication relayée dans le bulletin météo. L’alerte est une information prioritaire diffusée par toutes les voies de communication utiles, télévision, radio, presse, internet, téléphone, sirène etc. et comportant les mesures de bon sens à adopter par les individus et éventuellement un rappel des centres de refuge disponibles. Pour certains phénomènes tels les grosses pluies, orages dangereux, vagues de submersion et très forte chaleur, un nouveau système d’alerte doit être mis en place, peut-être graduel par rapport aux couleurs, différent de celui numéroté pour les cyclones.

En complément d’un tel nouveau dispositif, une meilleure sensibilisation au secourisme et aux protocoles d’intervention est nécessaire. Les écoles doivent se mettre à contribution en proposant une formation aux élèves. Une meilleure pédagogie permettrait de limiter les effets d’une catastrophe sur la population. L’apport des associations de sécurité civile, telle la Croix-Rouge, dans le soutien aux personnes sinistrées est à développer. L’État participera à leur financement.

Telles sont les mesures, non exclusives, pouvant procéder à une refonte de notre protection civile. Il va de soi qu’elles valent pour l’ensemble du territoire national, y compris Rodrigues. Une adaptation du dispositif à Agaléga est indispensable.

Parvèz Dookhy

Président du RCP

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