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Shabana Raman

SHABANA RAMAN, SG DU RALLIEMENT CITOYEN POUR LA PATRIE : « Nous ne sommes pas un parti virtuel » (Le Mauricien du 14 Janvier 2013)

http://jeanmarcpoche.morisien.info/shabana-ramam-2310

http://www.lemauricien.com/article/shabana-raman-sg-du-ralliement-citoyen-la-patrie%C2%A0-%C2%AB%C2%A0nous-ne-sommes-pas-parti-virtuel%C2%A0%C2%BB

« Nous ne sommes pas un parti traditionnel et on ne peut pas dire que le leadership est en Europe ou à Maurice. Nous n’avons pas de leader mais une équipe dirigeante. Je suis contre tout leadership dictatorial. Nous sommes une équipe très soudée »
 

Un nouveau parti est apparu dans le firmament politique mauricien en août de l’année dernière. C’est premier parti qui puise sa force dans les réseaux sociaux, notamment à travers une mobilisation par Facebook, et à travers les journaux. Shabana Raman est la secrétaire générale de ce parti et Parvèz Dookhy le président. Tous les deux résident en Europe où ils occupent des fonctions professionnelles mais récusent fermement l’affirmation que le RCP est un parti virtuel. « Nous sommes une équipe soudée avec des membres à Maurice et à l’étranger », souligne Shabana Raman, qui a passé quelques semaines à Maurice en décembre et janvier, durant lesquelles elle a participé à des réunions de formation et au lancement des cellules du mouvement. Tout en reconnaissant que le RCP apporte une part de rêve dans la politique mauricienne, elle insiste sur le fait que le parti est réaliste. « Nous sommes idéalistes mais pas naïfs », lance-t-elle.

Comment est né le Ralliement Citoyen pour la Patrie ?

Le Ralliement Citoyen pour la Patrie (RCP) a vu le jour à la suite d’un constat, que la politique à Maurice pêchait par manque de débats d’idées, un manque de valeurs surtout de la part des partis politiques traditionnels. À cette époque le MMM venait de conclure une alliance avec le MSM. À notre avis cela a créé un vide surtout parmi ceux qui n’étaient pas d’accord avec ce “mariage”. C’est ainsi qu’on a lancé le Club des Militants sur Facebook. C’était une plateforme dont le but était de devenir un think-tank avec pour vocation première de donner à la politique ses lettres de noblesse. Cette page de Facebook a suscité un grand intérêt et a pris de l’ampleur. Beaucoup de jeunes se sont manifestés et se sont engagés dans le débat. On a compris que ce projet correspondait aux aspirations de la jeunesse et de beaucoup de personnes à Maurice. C’est là qu’on a décidé de créer un parti. There was a need for it.

Vous avez été auparavant une militante dans la mouvance du MMM…

On ne peut pas dire que nous étions des militants actifs du MMM. On apportait notre soutien aux actions de cette mouvance. Mais aucun de nous, ni le président du parti Parvèz Dookhy ni moi, n’était ni membre de l’aile jeune, ni de l’aile féminine ni d’aucune instance de ce parti. Lorsqu’on dit que nous sommes des militants cela ne veut pas dire que nous sommes des membres du MMM comme le pensent beaucoup de personnes.

Qu’est-ce que cela veut dire être militante pour vous ?

Être militante c’est pouvoir dire non aux choses auxquelles je n’adhère pas. Être militante c’est pouvoir exprimer ses idées et ses conceptions. Or on ne peut pas parler librement au sein des partis traditionnels dont le MMM. Nous devons absolument suivre les directives de la direction du parti. Le leader a toujours raison. Or ce n’est pas notre conception du militantisme. Dans n’importe quel parti qui se réclame du socialisme, on doit pouvoir discuter de manière démocratique, tout le monde doit pouvoir parler et sentir qu’il est écouté. Beaucoup de militants étaient contre le Remake mais n’ont pas été en mesure de l’exprimer librement. En vérité nous avons vu que les valeurs qui nous attiraient vers ce parti avec lequel nous nous sentions proches n’existaient plus. Il n’était pas question d’intégrer le Parti travailliste ou un autre parti non plus. Il fallait à notre avis quelque chose de nouveau. C’est la raison pour laquelle nous avons créé le Ralliement Citoyen pour la Patrie. Il y a un vacuum que nous essayons de remplir.

Vous êtes la secrétaire générale du RCP, vous avez été très présente ces jours-ci dans les médias et êtes très active dans les réseaux sociaux. Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis une citoyenne mauricienne. J’ai fait toutes ma scolarité primaire et secondaire au pays avant de partir pour la Grande Bretagne pour mes études. Je suis restée en Angleterre par la suite pour travailler. Avant de partir j’ai travaillé au MCA et dans un établissement hôtelier à l’est du pays. J’ai fait des études de gestion et des études pédagogiques. Par la suite, j’ai essayé de rentrer au pays mais je n’ai pas trouvé ce que je voulais. Je suis donc rentrée en Angleterre où j’ai commencé à enseigner. Je continue à enseigner dans une institution universitaire mais je fais le va-et-vient entre la Grande Bretagne et Maurice. J’ai une résidence dans les deux pays.

Une grande distance sépare les deux pays, comment faites-vous pour maintenir le contact avec l’actualité de Maurice ?

À travers les réseaux. Nous vivons désormais dans un village global et l’internet constitue comme vous le savez un outil extrêmement efficace pour rester en communication permanente avec l’île. J’ai l’impression que je suis plus au fait de l’actualité mauricienne que beaucoup de ceux qui sont à Maurice. Nous recevons les radios et lisons les journaux en ligne. Nous avons également Twitter et il arrive qu’on soit informé avant les auditeurs et lecteurs mauriciens. Il est très facile de savoir ce qui se passe à Maurice. Lorsque nous sommes présents dans l’île nous sommes sur le terrain et rencontrons le maximum de gens afin de combler le vide que nous avons lorsque nous sommes en Angleterre ou en France. De plus nous disposons d’une équipe solide et dévouée qui nous informe quotidiennement de ce qui se passe dans le pays.

Si nous comprenons bien, le RCP a vu le jour à partir des réseaux sociaux ?

Nous avions un groupe virtuel sur le réseau Facebook. On y a consacré quelque huit mois, notamment sur notre blog, notre site web et Facebook pour apporter notre contribution aux débats d’idées. Par exemple nous avions lancé le débat sur l’avortement dès le début 2011 avant que le gouvernement ne mette le projet sur la table. Le think-tank reste l’organe populaire du parti. Nous avons lancé le parti le 22 août dernier, depuis les jeunes ne cessent de nous dire qu’ils ne s’identifient plus au PTr, au MMM, au PMSD ou au MSM et qu’ils ont besoin d’une plateforme pour parler en toute transparence. Notre but est de rallier tous ceux qui nous expriment leur soutien et leur dire que nous sommes avec eux. Nous avons, depuis, eu beaucoup de couverture médiatique. Depuis sa création, le parti a commencé à prendre racine et commence à grandir. Nous avons déjà lancé des cellules dans les circonscriptions N° 4, N°2 et N°15. Nous avons l’intention d’implanter un groupe à Rodrigues.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous êtes un parti virtuel ?

Pas si virtuel que ça. Nous sommes désormais sur le terrain. Lorsque je dis virtuel, je veux dire que nous disposons d’un organe populaire sur Facebook où les autres partis comme le PTr et le MMM sont également présents. Nous récusons l’idée à l’effet que nous ne sommes qu’un parti virtuel.

Qui sont ceux qui sont sur le terrain ?

Je suis la secrétaire générale et Parvèz Dookhy est le président. Murvyn Calambi est le vice-président du parti. Reena Davi Keesoon est la secrétaire générale adjointe. Ils sont très actifs sur le terrain, soutenus par une équipe.

Le leadership est à l’étranger et le corps du parti est Maurice…

Nous ne sommes pas un parti traditionnel et on ne peut pas dire que le leadership est en Europe ou à Maurice. Nous n’avons pas de leader mais une équipe dirigeante. Je suis contre tout leadership dictatorial. Nous sommes une équipe très soudée. Un parti, cela veut aussi dire une idéologie, un programme.

Pouvez-vous nous en parler ?

Nous avons déjà fait douze propositions très concrètes avant le lancement du parti. Nous avons promis de lancer un mini-manifeste d’ici mars prochain. L’énergie renouvelable figure en bonne place dans notre programme économique. Le gouvernement en parle toujours sans rien produire de concret. Nous avons des idées très simples qui peuvent être mises en œuvre rapidement. Nous avons des propositions concernant le système éducatif. Nous sommes déjà en campagne même si les élections sont annoncées pour 2015. Nous avons un conseil stratégique qui regroupe des personnes clés dans chaque secteur économique, culturel et social. Notre objectif est d’avoir un conseil fédéral dans chaque circonscription dirigé par deux ou trois personnes qui seront chargées de travailler sur le terrain, c’est-à-dire qu’elles se consacrent à la formation afin de changer la mentalité des gens. Le porte-à-porte ou les tracts ne marchent pas. Lorsque nous circulons un document nous tenons à ce que le contenu et les propositions soient expliqués. C’est ce que nous faisons dans les sessions de formation. Durant mon séjour dans l’île ces dernières semaines j’ai participé à plusieurs sessions sur des thèmes précis. Les jeunes ont manifesté beaucoup d’intérêt et comprennent ce que je dis.

Un parti politique vise le pouvoir à travers une action soutenue et une présence au parlement. Vous vous voyez donc au pouvoir ?

Le pouvoir est encore très loin. Cependant nous avons fermement l’intention d’être présents aux prochaines élections générales. Nous n’étions pas dans les municipales parce que nous n’étions pas prêts.

Le système électoral à Maurice fait que les petits partis ont très peu de chance de se faire élire. Cela ne vous décourage-t-il pas, ou serez-vous en alliance avec un parti ?

Le RCP n’est pas un parti d’alliance. Cela n’a pas de sens pour nous.

Cela fait partie de la vie politique…

En tout cas pour nous les partis politiques traditionnels n’ont plus de valeur. Lorsque l’opposition a démarré en 1970, elle avait des valeurs unificatrices.

De quelles valeurs parlez-vous ?

Un des premiers points de la charte politique que nous avons lancée il y a quelque semaines porte sur le respect mutuel en politique, sur le langage politique actuel qui est dépassé. Il y a beaucoup de palabres et d’attaques personnelles. Sur le plan démocratique nous ne sommes pas trop en faveur de la Représentation proportionnelle qui permet l’élection de certaines personnes sans rien faire comme effort.

De toute façon les propositions qui sont faites actuellement portent sur un système mixte PR/FPTP…

Ce système n’encourage pas ceux qui se présentent pour le système first to past the post (FPTP) à faire beaucoup d’efforts puisque les députés élus à la proportionnelle pourraient en fin de compte avoir préséance sur eux. Nous reconnaissons toutefois la nécessité d’une réforme qui tend vers la création d’une citoyenneté mauricienne. Le FPTP a marché jusqu’ici… Nous pensons que pour contourner le système de best losers qui est très controversé, tous ceux qui veulent se présenter sous l’étiquette “Population générale” doivent pouvoir le faire. Pour nous “Population générale” ne veut pas dire un groupe ethnique particulier mais une « way of life ».

Et si vous vous présentez personnellement aux élections, dans quel groupe comptez-vous vous faire enregistrer ?

On se fera enregistrer dans le groupe “Population générale” et acceptons de ne pas être éligibles pour les best losers. C’est ainsi que nous irons aux élections dans le cas où il n’y aurait pas de consensus sur la réforme électorale avant les prochaines élections générales.

En termes d’idéologie comment vous situez-vous ?

À Maurice on ne peut avoir ni d’extrême droite ni d’extrême gauche. Il faudra toutefois redéfinir les idéologies mauriciennes et les valeurs de la politique. Il s’agit de redonner ses lettres de noblesse à la politique mauricienne. Nous sommes un pays en développement. Nos propositions économiques doivent être faites de manière graduelle. De manière générale nous sommes un parti socialiste progressiste.

Vous apportez une part de rêve dans la politique mauricienne…

Nous sommes également réalistes. Nous ne rêvons pas. Nous ne prétendons pas nous retrouver au pouvoir en 2015 mais qui sait ce qui se passera en 2020. L’essentiel est que nous avons des propositions concrètes. Nous avons une structure. Nous avons le temps devant nous. Nous sommes peut-être idéalistes mais pas naïfs.

Comptez-vous rentrer à Maurice définitivement ?

Tout à fait. Ce sera fait bientôt. De toutes les façons nous passons beaucoup de temps dans l’île…

Quels sont selon vous les principaux problèmes qui affectent le pays en ce moment ?

En premier lieu il y a la pauvreté, le pouvoir d’achat en baisse, le coût de la vie en hausse, la fracture grandissante entre les riches et les pauvres. La politique fiscale doit être revue. Il y a aussi le problème d’infrastructures, de l’eau, entre autres, et bien sûr le système d’éducation doit être revu.

Avez-vous essayé de mesurer votre présence sur le terrain ?

Il est difficile de le faire parce que nous n’avons pas organisé de meeting ou participé à des élections. Mais beaucoup de jeunes viennent vers nous pour nous dire qu’ils ne se reconnaissent pas dans les partis actuels. Ils n’ont même pas voté aux municipales mais disent qu’ils nous auraient soutenus si nous avions participé à ces élections.

Vous vivez en Europe. Pensez-vous qu’il y a beaucoup de gens comme vous qui veulent revenir ?

Je pense que oui. De toute façon, il y a pratiquement une 22e circonscription en Europe tenant en compte ceux de la diaspora présente dans les pays européens. Beaucoup de ceux-là se tournent vers nous. Ce qui démontre que beaucoup de Mauriciens vivant à l’étranger s’intéressent encore à leur pays et veulent faire quelque chose pour le faire avancer.

Auriez-vous souhaité que la diaspora mauricienne dispose d’un représentant au parlement, comme c’est le cas en France, pour les Français de l’étranger ?

C’est vrai que la Constitution ne le permet pas. Il faudrait pour cela donner le droit de vote aux Mauriciens à l’étranger. Nous sommes en faveur de cela. Cette question est dans l’air depuis bien avant la création du RCP. Une pétition dans ce sens a déjà été adressée au gouvernement. Nous sommes d’avis que tous ceux qui disposent d’un passeport mauricien doivent pouvoir voter où qu’ils soient.

Quel rêve faites-vous pour Maurice dans les 25 prochaines années ?

Pour le moment j’ai peur pour le pays. Nous avons été témoin du muselage de la presse mauricienne durant le week-end end dernier. J’ai peur que les jeunes ne s’intéressent plus au devenir de leur pays et que demain les talents mauriciens se retrouvent à l’étranger. Beaucoup de jeunes font maintenant leurs études tertiaires et se retrouvent au chômage après. Il n’y a rien pour eux. Il n’y a pas de méritocratie.

Vous vivez en Angleterre. Avez-vous pris la nationalité britannique ?

Bien que j’apporte ma contribution à l’économie anglaise, j’ai toujours gardé ma nationalité mauricienne. Je n’ai pas de passeport britannique.

Sur quoi comptez-vous écrire à votre retour en Grande Bretagne ?

Sur la presse mauricienne. Je trouve que ce qui s’est passé la semaine dernière est très grave pour la liberté de la presse. Les atteintes à la liberté d’expression sont très graves. The press has to fight back. Nous comptons également continuer à militer contre le communalisme en politique notamment. Nous insisterons beaucoup sur l’importance du changement de mentalité.

Un message pour les jeunes ?

One people one nation.Il faudra nous engager davantage pour le pays et que les citoyens prennent leur pays en main. Il est plus que jamais temps qu’il y ait un renouvellement au niveau des états-majors politiques. Ce sont les mêmes qui dominent l’actualité politique depuis des décennies.

Paru dans Le Mauricien
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