L’administration locale manquée

ARTICLE PARU DANS LE MAURICIEN | 8 NOVEMBRE, 2012 – 14:50 | PAR PARVÈZ DOOKHY

Les élections locales auront enfin lieu après plus de deux années de confiscation regrettable de la démocratie. La nouvelle loi de 2011 qui régit les administrations locales n’est toutefois nullement à la hauteur des espérances de la nouvelle génération de Mauriciens. Au Ralliement Citoyen pour la Patrie, nous estimons que les Mauriciens ont besoin d’une administration locale efficace, forte et dynamique. Ce n’est nullement ce qu’a prévu la nouvelle loi. Elle met plutôt en place une administration fragile, faible et privée d’un manque de rayonnement.
L’administration territoriale de Maurice est caractérisée par un éclatement des collectivités locales : les zones urbaines disposant d’une municipalité, les zones rurales d’un conseil de district et d’un conseil du village et la Région de Rodrigues qui constitue une administration hybride. Maurice s’est toujours inspiré du modèle britannique de disparité de l’administration locale. Ce système met en place une administration territoriale inégalitaire sur l’ensemble de la République. Aujourd’hui, ce système est confronté à une série d’évolutions qui la rend impraticable. Nous avons besoin de créer un échelon uniforme, autrement dit, de grandes villes seulement. Maurice est constitué historiquement de neuf districts et des îles habitées. Il aurait été plus opportun de transformer ces neuf districts en de pôles urbains attractifs. Chaque district serait devenu une grande ville nouvelle. L’île Rodrigues et les autres dépendances seraient, dans ce schéma, un autre pôle territorial. Notre développement économique nous impose une marche vers l’égalité territoriale et la modernisation de celle-ci. Il est inadmissible qu’un enfant d’un village n’ait pas accès à une même bibliothèque en qualité contrairement à ce qui existe dans les villes.
Les progrès rendus possibles par les nouvelles technologies et, plus généralement, les nouveaux moyens de l’action administrative, les attentes des citoyens, l’évolution de leurs besoins, de leur mode de vie, la création de nouveaux quartiers résidentiels et la présence importante de touristes impliquent une organisation plus simple, plus lisible et plus réactive de nos collectivités locales. Il est nécessaire que tout le territoire national soit érigé en statut de zone urbaine. Parallèlement à cette nouvelle organisation unitaire, l’État aurait dû transférer plus de compétences aux collectivités en leur accordant davantage d’autonomie fonctionnelle. Les villes ou les pôles urbains doivent jouer un rôle accru dans l’émergence d’un nouveau cadre de vie, la protection de l’environnement, le développement de la culture et des loisirs, la vivacité économique et commerciale ainsi que la sécurité publique.
Il était par ailleurs nécessaire, pour la cohérence et la continuité de la politique locale, que les collectivités puissent être dirigées par un chef, maire ou président, disposant d’un mandat calqué sur la durée de celui de l’élection de l’organe qu’il dirige, c’est-à-dire de cinq années. Une équipe municipale, villageoise, ou de district a besoin d’un chef qui peut conduire une équipe dans la durée et mettre en œuvre un véritable programme. La pratique de la direction tournante prive les collectivités locales d’un véritable chef de file.
L’absence des réformes de cette envergure à notre administration locale caractérise le manque de compréhension des dirigeants actuels, majorité et opposition confondues.
La nouvelle loi prévoit par ailleurs que les députés en exercice ne pourraient faire acte de candidature aux élections locales. Il ne s’agit pas en réalité du non cumul des mandats comme cela existe dans d’autres pays. Le non cumul oblige l’intéressé à choisir à exercer un seul mandant à la suite d’une double élection. Mais il ne l’empêche pas à être candidat. En cas d’élection, il doit choisir le mandant qu’il souhaite exercer. La loi sur l’administration locale pose le principe d’inéligibilité du député aux élections locales. Ce qui constitue une grave entorse à un droit constitutionnel élémentaire.
En empêchant le député d’être candidat, l’administration locale est reléguée à un niveau inférieur à la fois d’intérêt et d’expérience. Les administrations locales ont besoin de personnalités politiques fortes pour être plus efficaces.

A Propos de l’Auteur

PARVÈZ DOOKHY

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