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Réformes électorales

http://www.lemauricien.com/article/reformes-electorales-decommunautarisation-politique-et-democratie (Le Mauricien du 24 septembre 2012)

 

Décommunautarisation politique et démocratie

 

Le Ralliement Citoyen pour la Patrie (RCP) prône une décommunautarisation complète de la politique et un renforcement de la démocratie. Ce sont les deux principes qui doivent guider toute réforme électorale.

 

Or, c’est tout le contraire des propositions actuelles, que ce soit du gouvernement ou de l’opposition. Eux proposent un communautarisme déguisé, voire même accentué et une confiscation du jeu politique dès lors qu’il appartient au chef de parti de nommer des députés best-losers ou de placer ses proches ou lui-même en bonne position sur une liste électorale pour être élus à la proportionnelle.

 

Après avoir proposé un recensement communautariste déguisé (une série de questions pour déterminer l’appartenance ethnique des uns et des autres), le leader de l’opposition suggère que l’attribution des sièges best-loser soit confiée aux chefs de parti. Ce qui laisse à penser que le facteur communautariste va perdurer de plus belle. Des candidats battus à une élection seront repêchés pour faire partie de l’Assemblée Nationale en raison de leur appartenance ethnique ou communautaire. Au final rien n’aura changé. Le communautarisme sera même accentué, car aux dires même du leader de l’opposition les chefs de parti pourraient prendre en compte des sous-divisions des ethnies ou religions. Au passage, le leader de l’opposition voudrait s’attribuer les pouvoirs de la Commission de supervision des élections. Il souhaiterait nommer des députés à l’Assemblée Nationale. Ce serait purement et simplement une grande régression de la démocratie.

 

La proportionnelle revient sur le tapis. On propose de rajouter aux élus du scrutin majoritaire (first past the post) et des best-losers, une vingtaine de députés élus à la proportionnelle, selon deux formules : soit il existe une liste séparée établie par chaque parti sur laquelle figure en ordre de priorité une vingtaine de candidats, soit les vingt autres députés sont repêchés parmi les meilleurs perdants des partis aux élections.

 

Selon le premier mode de sélection, qui semble être privilégié, le chef de parti aura un rôle primordial car ceux qui sont placés en tête de liste auront, s’il s’agit d’un parti bien implanté, toutes les chances d’être élus. Dans ce nouveau dispositif, l’électeur va voter, non pas pour des candidats, mais des partis.

 

Dans notre système actuel de scrutin majoritaire, l’électeur a pu toujours sanctionner des chefs de parti (SSR en 1982, PRB en 1987, SAJ en 1995, PJ en 2005 etc.). En votant pour des partis, l’électeur sera privé de cette possibilité, ce qui laisse à penser que les chefs de parti qui n’auront pas de circonscription sûre, se mettront en tête sur la liste (proportionnelle) pour être élus de manière aisée. Ce serait encore une belle perte du pouvoir démocratique et de sanction de l’électeur. Les familles dynastiques trouveront une meilleure implantation dans le jeu politique. Ceux qui sont sûrs de leurs circonscriptions placeront leurs plus fidèles ou proches en tête sur la liste.

 

Dans des pays où la proportionnelle est pratiquée, les partis politiques fonctionnent de manière démocratique. Les leaders changent et quittent la politique. Ce qui n’est pas le cas des partis habituels de Maurice. Tout le pouvoir interne est confisqué par le seul chef.

 

Si les députés à la proportionnelle sont désignés comme des meilleurs perdants selon le pourcentage de voix recueillis par les partis, ce serait tout autant un moyen facile pour permettre aux chefs de parti ou ceux ayant une bonne assise locale d’être éternellement élus. Avec un tel système, aucun des chefs de parti qui ont été battus tel qu’indiqué supra ne le sera in fine, car il sera repêché par la proportionnelle. C’est aller à l’encontre des vœux de l’électorat !

 

Il est évident que les réformes proposées marquent tout à la fois une accentuation sournoise du réflexe communautariste et un recul de la démocratie. Le RCP s’oppose, en vertu de son attachement à la méritocratie, au mauricianisme et au principe même de la démocratie, à de telle confiscation du pouvoir par ceux qui ne veulent pas l’abandonner. Il ne peut y avoir de nomination de députés dans une démocratie. Les réformes proposées ne servent que les intérêts bien particuliers des uns non la Nation.

 

Le RCP veut anéantir tout réflexe communautaire pour faire primer la méritocratie. Il faut pour cela du courage et une belle idée de la Nation.

 

Parvèz DOOKHY

Président du RCP

 

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