Article paru dans Le Mauricien | 18 juin, 2012 – 16:20 | Par SHABANA RAMAN-CAUNHYE, PARVÈZ DOOKHY, YANNICK CORNET, MED DOBA (CLUB DES MILITANTS)

Le Club des Militants lance pour toute la semaine un débat sur l’épanouissement des femmes au sein de la société mauricienne. Les débats sur l’interruption de la grossesse l’ont amplement prouvé : il est difficile de faire évoluer les mentalités. Le législateur a, par un subterfuge, accordé un droit limité à l’avortement pour pouvoir le rendre, partiellement, légal.
En effet, le Gouvernement a fait voter une « interruption thérapeutique de la grossesse » (lorsque la poursuite de la grossesse est dangereuse pour la santé de la mère ou que le fœtus est atteint de malformations ou d’une maladie). Il a aussi autorisé l’avortement lorsque la grossesse résulte d’un acte criminel.
Autrement dit, l’interruption « volontaire » de la grossesse n’existe pas à Maurice. Si ce premier pas législatif doit être salué, il n’en demeure pas moins que les femmes doivent avoir le droit à plus de liberté dans la gestion de leur vie la plus intime.
Au-delà de cette question portant sur la bioéthique, un certain nombre de réformes est essentiel à l’épanouissement définitif de la femme.
L’exigence de la parité politique doit désormais être posée à toutes les sphères politiques. Il y a lieu désormais de prendre des mesures pour inciter une représentation égale sinon équitable de la femme en politique. Peu de femmes sont activement engagées en politique à Maurice. Les raisons en sont nombreuses.
Les dernières élections générales ont démontré que l’avancement de la place faite aux femmes n’était que timide. Peu de femmes ont reçu l’investiture des grands partis.
Les partis politiques de Maurice doivent prendre l’engagement d’exercer différemment la façon de faire de la sensibilisation, ainsi qu’ils l’ont fait à propos de l’utilisation des affiches et banderoles. Un corps de règles de bonne conduite doit être établi par la Commission de contrôle des élections (Electoral Supervisory Commission) en ce sens. Les partis doivent s’engager à ce que les orateurs, lors des discours publics, n’utilisent pas de langage vulgaire, insultant et surtout sexiste. Telle que la société mauricienne s’est développée, avec ses mœurs et ses valeurs, la femme sera peu encline à s’engager dans la politique tant que celle-ci apparaît sale, indélicate et inélégante.
Nous devons procéder, comme dans certains pays, à l’instauration légale de la parité hommes-femmes à l’accès aux mandats électifs nationaux. L’on pourrait imaginer une privation ou une réduction sensible du temps d’antenne télévisée lors de la campagne aux partis qui ne présentent pas suffisamment de femmes aux élections. Ce serait un sérieux handicap que d’être privé du temps d’antenne officiel.
Sur le plan éducatif, des aménagements sont à prévoir. Une éducation civique et politique doit être dispensée au sein de nos établissements d’enseignement secondaires afin d’inciter les jeunes élèves, en l’occurrence les jeunes filles, à s’intéresser de manière plus active au fait de la vie publique. L’éducation secondaire est trop limitée au savoir académique. Par ailleurs, il y a lieu de prononcer la généralisation obligatoire de l’éducation mixte (en commun des garçons et filles). L’éducation mixte permet d’instituer une éducation morale fondée sur le sens des responsabilités, le respect de chacun. La mixité contribue à l’apprentissage du respect des différences et à intégrer l’idée de l’égalité réelle des sexes (à l’exception de la différence physique).
Dans ce même ordre d’idées, des mesures coercitives sont à prendre pour que les femmes soient mieux respectées dans notre société. Les insultes à caractère sexuel doivent être sévèrement punies par la Loi. Les insultes sexistes, trop banalisées à Maurice, constituent souvent une entrave à la libre circulation des femmes, à prendre par exemple le bus à une heure relativement tardive etc. Les violences conjugales doivent être considérées comme des circonstances aggravantes tendant au prononcé d’une sanction infiniment plus lourde pour l’auteur des coups. Enfin, le harcèlement sexuel doit être tout aussi puni.
Ces mesures ne sont bien entendu pas exclusives. Elles ne constituent qu’une première vague visant à un changement en profondeur de notre société.

 

Source : http://www.lemauricien.com/article/reflexion-sur-l%E2%80%99epanouissement-des-femmes-au-sein-la-societe-mauricienne

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