Le MMM et le Pouvoir

(In Le Mauricien du 11 juin 2012)

par Shabana Raman-Caunhye, Parvèz Dookhy, Yannick Cornet, Med Doba

Voilà 30 ans que le MMM est arrivé pour la première fois au pouvoir le 11 juin 1982, à la ferveur d’une immense victoire. Pourtant, il n’a pas pu s’inscrire dans la durée. Paul Bérenger, son animateur charismatique, avait conclu une alliance manifestement déséquilibrée entre son parti et le PSM d’Harish Boodhoo et le rôle qui était le sien, numéro 3 du gouvernement, ne correspondait ni à l’intensité de son engagement politique ni à sa personnalité.

La rupture est vite arrivée. En neuf mois, Paul Bérenger a démissionné deux fois : la première fois, il s’est vite ravisé alors que la deuxième démission constituait un départ définitif de son parti du gouvernement.

L’attitude de Paul Bérenger peut aussi être analysée autrement. Le MMM, et Paul Bérenger en particulier, avaient peut-être été frappés par le vertige du pouvoir. Est-ce que Paul Bérenger s’en est remis depuis ? Rien n’est moins sûr. Car il n’a eu, depuis la cassure de 1983 que deux types de comportement politique : soit défaire le plus rapidement l’alliance électorale que son parti a conclu, soit adopter la pire, la plus mauvaise des stratégies politiques de manière à n’avoir qu’une défaite honorable.

Paul Bérenger a choisi de perdre les élections en 1983 et 1987 par son incapacité à offrir un développement économique stable et il a systématiquement brandi une réforme des institutions politiques (nouveau rôle au Chef de l’État, le Président en l’occurrence un peu à la manière française) comme pour effrayer l’électorat. Aussi n’a-t-il pas été capable de présenter une équipe Présidence-Gouvernement de nature à enclencher une dynamique électorale forte en sa faveur.

En d’autres occasions, en 1991 et 1995, Paul Bérenger a conclu une alliance gagnante dans laquelle il s’est vite retrouvé mal à l’aise. Son objectif le plus immédiat a alors été de s’en défaire.

L’alliance dite Medpoint I de 2000 s’inscrit dans cette dernière catégorie sauf qu’il a dû attendre sa nomination comme Premier ministre en titre pour ensuite organiser des élections générales anticipées. Paul Bérenger avait encore de la marge, du temps, pratiquement 6 mois de plus comme Premier ministre en 2005 mais il s’est précipité pour dissoudre l’Assemblée Nationale pour bien entendu se faire battre.

Depuis 2003, le MMM n’a connu que des défaites, que ce soit aux élections partielles, aux élections générales ou encore municipales.

Le MMM est à court de stratégie, ou n’est pas en mesure intellectuellement d’en avoir. Le parti est à bout de souffle. Il a renié toutes ses valeurs en concluant une alliance dans laquelle il est minoritaire avec un minuscule parti éclaboussé par des affaires de crimes économiques. Le Remake de Medpoint n’a pas enclenché une adhésion massive du peuple. Sur le plan de la personnalité, il démontre que Paul Bérenger n’a pas pu s’émanciper d’Aneerood Jugnauth !

Il est notoire que le MMM n’est qu’affaibli avec le Remake. Il s’agit de l’alliance électorale la plus déséquilibrée de l’histoire politique de Maurice. Le MMM est en minorité car il lui appartient de faire de la place aux éventuels dissidents ou au MMSD. Il est tout aussi évident que dans la configuration du Remake, et en cas de victoire, Aneerood Jugnauth, remettra le pouvoir entre les mains de son fils et non à Paul Bérenger et le premier composera une nouvelle majorité au sein du Parlement.

Or, Il est plus que jamais nécessaire pour le MMM de se refonder. Un certain nombre de changements sont nécessaires afin de donner au MMM un nouveau dynamisme.

Les moyens utilisés pour faire de la propagande méritent d’être adaptés à la modernité. La direction du MMM maîtrise mal, ou très peu, les outils modernes de communications. En estimant, à tort ou à raison, que le Parti est boycotté par la Télévision nationale, le MMM se serait mieux inspiré en développant, au moins sur la toile, des moyens de diffusion de ses activités. La communication est laissée entre les mains des amateurs contre-productifs.

Elle doit être revue de fond en comble. Le discours est bien rétrograde ou, autrement formulé, il est archaïque! Le langage n’est pas moderne. Le type de discours et le style restent marqués par ce qui se pratiquait dans les années 70-80. Or, depuis au moins la dernière décennie, il y a eu un bouleversement sans précédent des moyens de communication qui a influé considérablement sur le mode d’expression. Le discours nouveau du MMM doit être exempt de démagogie et finement soigné. Les slogans doivent être nettement plus attractifs et lisibles pour les jeunes.

Le MMM a besoin d’une cure de crédibilité. Il doit marquer une rupture avec le cirque politique qui l’a tant animé depuis des décennies. Il doit faire de propositions fortes et montrer qu’il est capable de se conduire comme une Opposition constructive. La direction doit être dynamisée et les responsabilités mieux distribuées. Tous les organes du parti doivent pouvoir fonctionner à bon escient.

Si le MMM se considère comme un grand parti d’opposition, alors il a l’obligation de conduire son électorat à la victoire, avec ses convictions et non au titre d’une arithmétique électorale.

L’expérience de 1982 démontre finalement que le MMM a plus dominé la scène politique que diriger le destin du pays.

Club des Militants

Shabana Raman-Caunhye, Parvèz Dookhy, Yannick Cornet, Med Doba

Source: http://www.lemauricien.com/article/apres-les-%E2%80%9C60-0%E2%80%9D-1982-mmm-et-pouvoir

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