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L’Express Dimanche du 22 avril 2012 sur le Club des Militants
Shabana Raman-Caunhye, militante 2.0

Nabil Moolna

ANIMATRICE DU CLUB DES MILITANTS, Shabana Raman-Caunhye est de ces jeunes qui veulent vivre leur engagement politique de façon différente.

« Nous voulons faire le travail que l ’ o p p o s i t i o• aurait dû faire. » C’est après l’annonce du projet d’alliance entre le MSM et le MMM, en octobre dernier, que le Club des Militants a vu le jour sur facebook . Parmi ses créateurs, Shabana Raman- Caunhye, qui explique que cette plateforme se veut un lieu d’échange sur les grandes questions de la Cité. « C’était nécessaire parce que les principaux partis politiques, obnubilés par les koz koze , nous ont semblé totalement coupés des vrais enjeux. » La jeune femme illustre bien une tendance croissante de la jeunesse mauricienne : dire « oui » au politique mais « non » aux manoeuvres politiciennes.

Le Club des Militants récuse donc toute affi liation partisane.

Pourtant, à ses débuts, l’identité de certains membres les plus en vue ainsi que la couleur du logo ont pu faire penser à un certain tropisme mauve. Ce que Shabana Raman- Caunhye réfute : « Nous avons aujourd’hui plus de 5 000 membres de tous les horizons politiques et la teneur de nos échanges prouve bien que nous ne sommes pas pour X ou pour Y. » En ne soutenant aucun des blocs en place, le Club des Militants se prépare- t- il à un avenir de futur parti politique ? Shabana Raman- Caunhye ne le pense pas. Selon elle, le groupe se conçoit avant tout comme un « think tank » , un espace où, dans le dialogue, naissent les idées.

Les thèmes de débat sont lancés en ligne par l’équipe des administrateurs du groupe ou par ses membres. Les discussions s’enclenchent et le consensus est recherché. « Nous essayons de prendre en compte les opinions de tout le monde avant de dégager une position qui sera la nôtre » , explique Shabana Raman- Caunhye. Ces positions sont ensuite présentées au public. Le groupe contribue régulièrement à la page forum du Mauricien , où il a présenté en début de mois « douze séries de mesures prioritaires » qui constituent un véritable programme gouvernemental alternatif. Quelques vagues déclarations d’intention ( « distribution d’eau 24 heures sur 24 à tous les Mauriciens » ) y côtoient des propositions très précises ( nomination du directeur de l’ICAC par le Chef- juge).

« L’AMÉLIORATION VIENDRA DES JEUNES »

Il est sans doute trop tôt – six mois après sa création – pour évaluer l’apport réel du Club des Militants au débat public.

Ce qui peut d’ores et déjà être souligné, est ce que sa démarche révèle. Voici des jeunes qui, basés à Maurice ou à l’étranger, à l’entame de leurs carrières professionnelles, décident de consacrer du temps et de l’énergie à la question politique tout en restant très lucides quant à la réussite de leurs idées.

Shabana Caunhye- Raman dit ainsi « ne pas penser que les idées du Club seront reprises par nos décideurs politiques » . Mais elle ajoute : « Pour autant, l’amélioration viendra obligatoirement des jeunes et c’est là notre rôle : les inspirer à agir pour changer les choses. » C’est pourquoi elle passe des heures à gérer les échanges du groupe, à en modérer les commentaires et à réagir aux dossiers brûlants de l’actualité locale. Tout en subissant de temps à autre des attaques personnelles. Une campagne de dénigrement à son encontre sur facebook a récemment essayé de porter atteinte à sa vie privée.

Mais la jeune femme poursuit sa route. La motivation lui vient de loin. Fille d’un militant « koltar » de Belle- Rose, elle a hérité de son entourage familial une certaine sensibilité à la lutte pour un idéal, et sans doute aussi une méfi ance des illusions politiciennes. Après le secondaire, elle se rend en 2001 en Angleterre pour poursuivre ses études. Elle enseigne aujourd’hui au Cambridge Arts & Science College . L’éloignement n’est pas un obstacle, nous dit- elle, pour s’intéresser à la politique mauricienne.

« Grâce à Internet, je suis souvent plus au courant de ce qui se passe à Maurice que certaines de mes connaissances qui y habitent. » Des marches contestataires aux forums de discussions, Internet structure de plus en plus l’engagement citoyen des jeunes. Et comme l’illustre Shabana Raman- Caunhye, cette forme nouvelle s’accompagne aussi d’un changement de fond. La jeunesse mauricienne cherche un moyen de faire de la politique différemment. — in Belle Rose.

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